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Les hommes victimes des femmes ?
Entre mâles sur internet (2/4)
Entre mâles sur internet
Dans les années 2 000, les masculinistes sont devenus plus présents, un peu partout dans le monde. Cela, grâce à internet et aux réseaux sociaux. Ils se retrouvent dans la manosphère : des groupes, des espaces de discussion, de jeux... où, entre hommes, ils parlent de sport, de s’enrichir, de politique, de leurs problèmes avec les femmes...
Avoir des explications, se rassurer
À l'adolescence, on s'interroge sur les relations amoureuses, sexuelles… et il y a peu de lieux pour en parler. Une recherche internet sur « Comment rencontrer des femmes ? », « Comment draguer ? », « Comment obtenir un rendez-vous amoureux ? » peut parfois renvoyer vers des articles, des vidéos... qui donnent une image négative de la femme. Si le jeune clique, il risque de recevoir des propositions d’informations ressemblantes mais avec des idées plus extrêmes. Plus elles sont violentes, agressives, haineuses... plus elles donnent envie de regarder. Ce sont ces contenus qui sont encouragés sur les réseaux sociaux.
Ainsi, certains, sans l’avoir voulu au départ, regardent des informations masculinistes et s'y intéressent... Un jeune homme a expliqué au média Konbini qu'il a passé beaucoup de temps sur ces sites quand il était adolescent. Ça le rassurait. Il trouvait des explications : le problème ne venait pas de lui, mais des femmes. En parler avec d'autres hommes lui permettait aussi de se sentir moins seul.
Mais cela peut être angoissant car les masculinistes défendent une image très dure des hommes. Ils doivent être des alphas.
Les hommes alphas
Dans la manopshère, il existe un classement des hommes. Tout en haut, il y a les meilleurs, les alphas.
Des scientifiques ont parlé du mâle alpha chez les animaux comme étant le chef du groupe. Parce qu’il sait se battre, il aurait le pouvoir sur les autres mâles et un meilleur accès à la nourriture, aux femelles. D’autres scientifiques ont montré que les relations chez les animaux sont bien plus compliquées que cela. Certains deviennent des mâles alpha car ils lient des relations d’amitié, protègent les plus faibles.
Les masculinistes, eux, ont repris l’expression mâle alpha pour parler des dominants qui plairaient aux femmes, les attireraient sexuellement. Ce qui les représente ? Physiquement : une mâchoire carrée, un regard de chasseur, des muscles, un menton large, un gros cou... Moralement : ils ont le contrôle de leur vie, ce sont des gagnants. C'est à eux que les masculinistes veulent ressembler.
Les incels
Dans la manosphère, il existe différentes communautés. L’une d’elles regroupe les incels. Le mot incel est un mélange de célibataire et involontaire. Ce sont des adolescents ou des hommes, hétérosexuels, qui souvent ont une image négative d'eux-mêmes. Ils ne ressemblent pas aux mâles alpha. Or, ils pensent que 80 % des femmes s'intéressent à 20 % des hommes (les plus beaux, les plus forts, les dominants...). Ce chiffre ne vient pas d'études scientifiques. Il est faux.
Les incels ont souvent le sentiment qu'ils ne sont pas beaux, que les femmes ne vont pas s'intéresser à eux, que c'est injuste et que c'est de leur faute à elles. Leur inquiétude c'est de ne pas avoir de relations sexuelles. Ils pensent que les femmes doivent leur donner du sexe. Si elles refusent, ils les détestent.
Beaucoup de ces incels sont en souffrance, se sentent seuls, et vivent mal de ne jamais avoir eu d'expériences sexuelles… Les contenus incels les enferment dans la haine des femmes, et parfois vont jusqu’à encourager au suicide.
Changer son physique
Sur les réseaux sociaux, il existe une nouvelle mode, née du mouvement incel : le «looksmaxxing ». Elle vise les adolescents, les jeunes adultes… De courtes vidéos expliquent comment rendre son visage et son corps plus masculins pour plaire aux femmes. Les conseils donnés sont parfois dangereux : mâcher des chewing-gums très durs (vendus 30 euros), pour muscler sa mâchoire. Ou encore : se donner des petits coups de marteau sur la mâchoire pour en changer la forme. D’autres encouragent à se muscler en faisant des régimes très difficiles pour perdre la graisse ou en prenant des stéroïdes, des produits dopants interdits. Certains font de la chirurgie esthétique. Plus de 208 000 publications sur Instagram et 151 000 sur TikTok parlent de looksmaxxing !
Des conseillers qui se font payer !
Dans la manosphère, il y a de nombreux coachs (comme des entraîneurs personnels en sport, en développement personnel, pour plaire aux femmes...). Ils ont des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux. Ils donnent des conseils pour, selon eux, améliorer sa vie. Ils proposent des vidéos, des groupes de discussion, des formations, des stages... payants !
Chasseurs de femmes
Ces dernières années, des coachs en séduction sont devenus célèbres. Pourtant, leurs conseils sont inquiétants. Pour eux, les femmes sont toutes les mêmes : menteuses, intéressées par l’argent, elles ne savent pas réfléchir car elles ne contrôlent pas leurs émotions. Ils parlent d’elles comme des animaux. Les titres de leurs vidéos sont, par exemple : « 5 règles pour gérer les femmes » (la punir quand elle se comporte mal...), « 6 trucs à ne surtout pas faire pour une femme » (la laisser décider, accepter qu’elle ait des amis hommes... ).
L’un d’eux, Alex Hitchens, très présent sur TikTok et Instagram dit dans une vidéo : « Les femmes ne savent pas réellement ce qu’elles veulent, n’écoute jamais une femme. La femme essaie de se convaincre qu’elle veut un homme bien mais c’est totalement faux. La plupart des femmes préfèrent les connards parce qu’un connard est plus attirant, le connard donne des émotions, c’est des hauts et des bas, et c’est ça qui te fait te sentir vivre. » Il encourage donc les hommes à être « des connards », à faire du mal aux femmes. Dans la même vidéo, il dit : « Vous prenez son téléphone : si elle refuse de le donner, c’est une pute. Fin de la relation. Ne crois pas en ses histoires de vie privée ».
Léo, dont la chaîne « Les philogynes » réunit plus de 100 000 abonnés, propose des conseils dans des discussions payantes sur internet (300 € l’année). Un journaliste, Paul Conge, s’est inscrit pour enquêter. Il a repris les mots de Léo : « Au lit, les femmes sont le plus excitées quand elles sont dominées, écrasées, salies pendant l’acte sexuel. » Il donne des techniques de manipulation, proches du viol, pour forcer les femmes qui changent d’avis au moment d’avoir des relations sexuelles.
Coach en motivation, en virilité
Un des plus célèbres coach est Andrew Tate. Ancien champion de kickboxing (sport de combat), il se met en scène avec des voitures de sport et des femmes. Pour lui, celles-ci doivent être belles et obéissantes. Leur place est à la maison, à faire la cuisine, le ménage et répondre aux besoins sexuels de leur mari. Il a créé un site payant avec des cours, pour apprendre à s'enrichir, à manipuler les femmes. Andrew Tate est aujourd'hui accusé, dans plusieurs pays dont la Roumanie, d'agressions sexuelles, de viols et de forcer les femmes à la prostitution... Interdit sur TikTok, Facebook et Instagram, il continue à s'exprimer sur X où il a plus de 10 millions d'abonnés. Des jeunes l'admirent et sont sensibles aux conseils qu'il donne pour reprendre le contrôle sur sa vie, prendre soin de sa santé mentale et de son corps.
7 à 8 millions de personnes touchées
En France, 7 à 8 millions de personnes commentent, réagissent ou publient des informations masculinistes. Ces chiffres viennent de l’entreprise Bloom, spécialisée dans l’étude des réseaux sociaux. Les hommes qui s’intéressent au sujet ne sont pas tous des militants et le plus souvent ils ne sont pas violents. Mais cela arrive parfois.
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